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Inès Ibbou lève le voile sur la réalité du sport en Algérie

Inès Ibbou lève le voile sur la réalité du sport en Algérie

L’émouvante lettre adressée par la tenniswoman algérienne Inès Ibbou à l’un des plus grands joueurs actuels de la discipline (l’Autrichien Dominic Thiem, numéro 3 mondial) a fait réagir les internautes et les autorités politiques, jusqu’au président de la République Abdelmadjid Tebboune.

L’Autrichien avait refusé de participer à une initiative destinée à aider financièrement les joueurs de la discipline mal classés qui, selon lui, ne luttent « pas assez pour survivre ». « Toute l’année, j’en vois beaucoup qui ne donnent pas tout au tennis. Je ne vois pas pourquoi je devrais leur donner de l’argent », a-t-il justifié.

Ibbou est dans la catégorie des mal classés (620e mondiale) et lui a répondu en expliquant les difficiles conditions dans lesquelles elle s’entraîne, elle qui était dans le haut du classement mondial en catégories jeunes (23e).

« Savais-tu qu’en Algérie, les tournois sont très, très rares et qu’il n’y a pas le moindre tournoi pro ITF, ATP ou WTA ? Qu’il n’y a pas un seul entraîneur sur le circuit international ? Qu’il n’y a pas le moindre court indoor ? Je ne sais pas comment c’était pour toi, mais pour nous, là-bas, s’il pleut pendant une semaine, on bosse notre revers…à la salle de sport. Et je ne parle même pas de la qualité des installations et des courts… On ne savait même pas sur quelle surface on jouait. C’est du gazon ? C’est de la terre battue ? ‘L’Afrique’, comme ils disent ».

La lettre de la joueuse de seulement 21 ans a surtout levé le voile sur une réalité douloureuse, la précarité dans laquelle vivent et se préparent les sportifs algériens de haut niveau, hormis les footballeurs, entourés de tous les soins.

Le président de la République a apporté son soutien à Inès Ibbou à travers un tweet et le ministre de la Jeunesse et des Sports a annoncé qu’elle sera encouragée et prise en charge.

Louable initiative, mais le secteur du sport et son financement ont besoin d’une profonde réforme. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois qu’un athlète de haut niveau monte au créneau pour crier sa détresse.

Larbi Bouraâda l’a fait juste après avoir réalisé de battre le record d’Afrique du décathlon aux jeux olympiques de Rio de Janeiro en 2016. « On manque de moyens pour atteindre le niveau mondial. Les Jeux olympiques se préparent pendant deux à trois ans et non pas en trois mois. L’athlète pétri de qualités et qui a prouvé à plusieurs fois devrait être pris en charge dans le moindre détail pour qu’il puisse se concentrer sur sa discipline et pouvoir rivaliser avec les meilleurs. Malheureusement ce n’est pas le cas chez nous. À l’approche d’un événement sportif on court à gauche et à droite et on tente de préparer l’athlète à la dernière minute. Nous sommes très loin du niveau mondial », avait-il déclaré à l’issue d’une première participation aux JO, pourtant loin d’être décevante.

À l’issue du même tournoi, Taoufik Makhloufi dénonçait en des termes forts la gestion des responsables du sport algérien. « Le gouvernement a confié à ces dirigeants des moyens afin de soutenir les athlètes pour qu’ils donnent de la joie aux Algériens, mais ces responsables ont failli à leur mission. Nous avons réalisé un exploit malgré le sabotage de certains responsables qui ont détourné les moyens mis à notre disposition par les autorités. Ces responsables ont déçu le peuple Algérien et l’État. Ils n’ont pas été à la hauteur. Ils n’ont pas honoré leur mission. Ils ne veulent pas accomplir des réalisations en faveur du sport algérien », déclarait l’athlète qui venait de remporter deux médailles d’argent olympique (800 et 1500 mètres), devenant le sportif algérien le plus médaillé, avec la médaille d’Or du 1500 mètres remportée quatre ans plus tôt à Londres.

Dans sa lettre à l’Autrichien, Inès Ibbou ne met pas seulement l’accent sur le manque de moyens et d’infrastructures, mais aussi sur le mauvais usage fait des ressources disponibles, parfois de leur détournement.

« Des sponsors, tu dis ? Adidas, Nike ? Wison, Prince, Head ? Ils n’existent même pas en Algérie ! À part quelques équipements et le soutien de petites entreprises locales, j’ai seulement reçu le minimum pour couvrir ma participation aux Grands chelems juniors. Et tu sais, en Afrique, le budget pour un athlète finit rarement dans son compte en banque, si tu vois ce que je veux dire… ».

Le sport algérien a besoin d’être repensé et vite. À commencer par cette plaie béante qu’on appelle « football professionnel » qui s’accapare en infrastructures et en salaires la quasi-totalité du budget consacré annuellement par l’État au développement du sport, pour peu de résultats, au moment où les autres disciplines, toutes les autres disciplines, doivent se débrouiller comme elles peuvent.

Le ministre de la Jeunesse et des Sports peu bien commencer son chantier de renouveau en appliquant seulement la loi qui interdit de verser de l’argent public aux sociétés commerciales privées.

Car on l’oublie souvent, tous ces clubs de football qui pompent des dizaines de milliards chaque année des comptes des wilayas et des communes, sont des sociétés de droit privé. Les aides débloquées par les collectivités locales sont officiellement destinées aux clubs amateurs pour la prise en charge des jeunes catégories et des autres disciplines, mais elles sont utilisées au vu et au su de tout le monde pour grassement payer des joueurs de football dits « professionnels ».

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